Monseigneur,
Nous prenons la liberté de nous mettre sous la protection
de Votre Grandeur et de lui représenter les malheurs auxquels
nous expose la détention de M. Diderot, conduit ce matin
à Vincennes par ordre du Roi. C'est un homme de lettres
d'un mérite et d'une probité reconnus; nous l'avons
chargé depuis près de cinq ans de l'édition
d'un dictionnaire universel des sciences, des arts et métiers.
Cet ouvrage qui nous coûtera au moins deux cent cinquante
mille livres et pour lequel nous avons déjà avancé
près de quatre-vingt mille livres était sur le point
d'être annoncé au public. La détention de
M. Diderot, le seul homme de lettres que n[ous] connaissions capable
d'une aussi vaste entreprise et [qui] possède seul la clef
de toute cette opération peut entraîner notre ruine.
Nous osons espérer, Monseigneur, que Votre Grandeur voudra
bien se laisser toucher de notre situation et nous accorder la
liberté de M. Diderot. Dans la recherche exacte qui a été
faite de ses papiers il ne s'est rien trouvé qui puisse
aggraver la faute par laquelle il a eu le malheur de déplaire
à Votre Grandeur et nous croyons pouvoir l'assurer que,
quelle que soit cette faute, il n'y retombera jamais.
Nous sommes avec un très profond respect, de Votre Grandeur
Les très humbles et très obéissants serviteurs
Le Breton David l'aîné
Durand Briasson
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à Vincennes"
Zina
TUCSNAK (CNRS, INaLF),
( assistance informatique pour le site français et francisation
des pages)
Mark Olsen, ARTFL
Project , Université de Chicago