PUBLIÉE EN 1694.
A PARIS,
Chez la Veuve de JEAN BAPTISTE COIGNARD, Imprimeur ordinaire du Roy,
& de l'Académie Françoise
M. DC. LXXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTÉ.
Des versions informatisées de plusieurs éditions du dictionnaire de l'Académie sont prévues - voyez aussi notre version de la 5ème édition (1798) et de la 6ème édition (1835). Par la suite, elles formeront une base de données commune qui permettra aux utilisateurs de consulter chaque édition séparément ou, afin d'observer l'évolution du dictionnaire dans le temps, de faire des recherches dans toutes les éditions en même temps.
La présente version de la première édition représente une mise à l'épreuve d'un modèle opérationnel. Nous encourageons toute personne intéressée à l'utiliser. Veuillez reporter tous les problèmes et toutes les anomalies opérationnelles que vous pourriez trouver.
La 1ère édition du Dictionnaire de l'Académie Française a été éditée en 1694, environ soixante ans après la fondation de l'Académie par le cardinal Richelieu. Le dictionnaire fut dédié au roi Louis XIV, comme un monument à sa gloire et à la puissance de la langue française qui avait subit un développement majeur pendant son règne (voyez la dédicace "Au Roy") L'Académie a ainsi réalisé les intentions de son fondateur initial et contribué à un moment fécond de l'histoire de la lexicographie.
Dès ses débuts, l'Académie a estimé qu'écrire un dictionnaire de français qui ferait autorité devait être l'une de ses premières tâches. Comme la préface de cette édition l'explique:
Elle a satisfait à la premiere de ces obligations par la composition du Dictionnaire qu'elle donne presentement au Public, en attendant qu'elle s'acquitte des autres."
À la lumière de cette intense activité lexicographique, les Académiciens prenaient de grandes précautions à spécifier le caractère du dictionnaire et les sources de son autorité. Leur travail, écrit par les plus grands auteurs de la nation, voulait représenter la langue française dans son état de plus grande perfection. Le Dictionnaire de l'Académie a ainsi défini le bon usage de la langue française, mais en excluant des domaines spécialisés comme les arts et les sciences:
En définissant son dictionnaire ainsi, l'Académie s'opposait aux plus importantes tendances de Richelet et de Furetière. Le Dictionnaire de l'Académie était un lexique normatif qui cherchait à légiférer les configurations d'utilisation du langage. La notion de pureté linguistique était l'un de ses principaux guides.
Le fait que ce dictionnaire a été composé par quarante des plus éminents hommes de lettres de France était une garantie majeure de son autorité, mais cela fut aussi un obstacle à son achèvement. Initialement, l'Académie avait confié la tâche au grammairien Vaugelas, mais à la mort de celui-ci le travail n'avait pas dépassé la lettre "C". On a alors décidé que le dictionnaire serait écrit collectivement, bien que ceci eût aussi ses désavantages. La préface fait référence, par exemple, aux interruptions des années de la Fronde quand certains des membres avaient quitté Paris. Ainsi, l'Académie n'a accompli aucun progrès régulier jusqu'en 1651. La composition a continué jusqu'en 1673, et fut suivie d'un long processus de révision:
Les éditions suivantes sont apparues à peu près tous les vingt ans. Voyez aussi la présentation de la 5ème édition, laquelle surmonta le désarroi des années de la Révolution, et la présentation de la 6ème édition publiée en 1835.
En effet, en groupant les mots de cette manière, la 1ère
édition met en lumière d'intéressantes affiliations entre les mots et
révèle de nombreux liens historiques entre mots apparentés, qui
seront perdus dans les éditions ultérieures du Dictionnaire
de l'Académie. Ainsi, comme les auteurs l'avançaient, le texte est assez agréable à lire.
(Voyez par exemple tous
les mots qui apparaissent
sous
"SENS" ou
sous
"MOUVOIR".)
Mais cette organisation est aussi un peu frustrante,
puisque, dans beaucoup de cas, il est difficile de
localiser les mots spécifiques. L'édition de 1694 remédiait à ce défaut de deux manières.
D'abord, un index à la fin de chaque
volume donnait la racine propre à chaque mot,
et ensuite, dans le texte même, de nombreux renvois orientaient le lecteur
vers la rubrique appropriée. La deuxième
édition (1718) adopta un plan strictement alphabétique.
Dans la version informatisée de ce dictionnaire, le
mécanisme de recherche permet aux utilisateurs de trouver des
articles secondaires sans avoir besoin de connaître la racine principale correspondante.
Ainsi, l'index et les renvois deviennent inutiles
(mais ces derniers apparaissent toujours dans le texte).
Cependant, afin de préserver l'idée de l'ordre par racines,
le mot qui représente la racine principale est écrit en
lettres majuscules après
le mot-clé de l'article secondaire. S'il veut voir le groupe entier des mots qui forment les racines,
l'utilisateur pourra simplement cliquer sur le mot-clé.
Et quand il recherchera un mot qui est une racine
principale, le résultat rapportera le groupe entier de définitions
(entrée principale et mots dérivés).
Sur ce point, les utilisateurs de notre version
informatisée devront se débrouiller tout seul. Ainsi, si une
recherche pour "chateau" ne donne aucun résultat, essayez
"chasteau"; pour "connaitre", essayez "connoistre", etc...
Charles Beaulieux, Observations sur l'orthographe de la langue
françoise de Mézeray, précédées
d'une Histoire de la gestation de la première édition
du Dictionnaire de l'Académie françoise (1639-1694),
(Paris: Champion, 1951).
Nina Catach, "Les dictionnaires de l'Académie française,"
in CCH Working Papers 4 (1994): 143-56; republié dans
CHWP, B.21:
http://www.chass.utoronto.ca:8080/epc/chwp/catach_n/
Timothy Murray, "The Académie Française", in
A New History of French Literature, ed. Denis Hollier
(Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1989), pp. 267-273.
Bernard Quemada et al., Les Préfaces du Dictionnaire
de l'Académie française (1694-1992): textes, introductions
et notes (Paris: Champion, 1997).
Alain Rey, "Linguistic Absolutism", in
A New History of French Literature, ed. Denis Hollier
(Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1989), pp. 373-379.
L'index des mots-clés a été révisé le 28 mai 1997 pour satisfaire le maniement
particulier des groupements par étymologie.
Nous serions heureux de recevoir vos commentaires sur notre traitement de cette particularité du texte.
En février 1998, une remise à jour a été effectuée, en utilisant le texte tel qu'il a été édité par
R. Wooldridge.
Toute la structure du document - mots-clés,
mots-clés secondaires, et renvois - a été
identifiée de manière automatique à partir des conventions
typographiques, et c'est pourquoi
nous nous attendons à rencontrer quelques erreurs dans les
identifications
d'article
et à avoir quelques articles manquants. Veuillez signaler les
problèmes
à
mark@gide.uchicago.edu.
Organisation de la 1ère édition -- L'ordre des Racines
L'une des particularités de la 1ère édition du Dictionnaire
de l'Académie est que tous les mots n'apparaissent pas dans l'ordre
alphabétique. Dans leur préface, les académiciens expliquent
pourquoi ils ont choisi de grouper les mots suivant leur racine
étymologique:
"Comme la Langue Françoise a des mots Primitifs, & des mots Derivez
& Composez, on a jugé qu'il seroit agreable & instructif
de disposer le Dictionnaire par Racines, c'est à dire de ranger
tous les mots Derivez & Composez aprés les mots Primitifs dont
ils descendent [...]. Dans cet arrangement de Mots, on a observé
de mettre les Derivez avant les Composez, & de faire
imprimer en gros Caracteres les mots Primitifs comme les Chefs de
famille de tous ceux qui en dependent, ce qui fait qu'on ne tombe gueres
sur un de ces mots Primitifs qu'on ne soit tenté d'en lire toute
la suite, parce qu'on voit s'il faut ainsi dire l'Histoire
du mot, & qu'on en remarque la Naissance & le Progrez; & c'est
ce qui rend cette lecture plus agreable que celle des autres Dictionnaires
qui n'ont point suivi l'ordre des Racines."
Orthographe
La 1ère édition peut également présenter des problèmes
en raison de l'orthographe de l'époque. Notamment, l'accent
circonflexe est rarement utilisé,
la voyelle étant suivie alors d'un "s" (ex: "pasmer" pour
"pâmer"). Et dans beaucoup de cas (quoique pas toujours) où le
français moderne écrit "é", la 1ère édition écrit "es"
(ex: "répondre" est écrit "respondre", "écrire" devient "escrire").
Une fois encore, en plus de l'évolution des conventions
de l'orthographe au cours du temps, les choix des Académiciens sur ce point
reflètent leur souci de préserver l'information
étymologique dans leur dictionnaire:
"L'Académie s'est attachée à l'ancienne
Orthographe receuë parmi tous les gens de lettres,
parce qu'elle ayde à faire connoistre l'Origine des
mots. C'est pourquoy elle a creu ne devoir pas authoriser le
retranchement que des Particuliers, & principalement les
Imprimeurs ont fait de quelques lettres, à la place desquelles
ils ont introduit certaines figures qu'ils ont inventées,
parce que ce retranchement oste tous les vestiges de l'Analogie
& des rapports qui sont entre les mots qui viennent du Latin ou
de quelque autres Langue. Ainsi elle a écrit les mots Corps,
Temps, avec un P, & les mots Teste, Honneste avec
une S, pour faire voir qu'ils viennent du Latin Tempus, Corpus, Testa, Honestus."
Bibliographie
La préface de cette édition, 9 pages, non numérotées.
Histoire technique
Notre version informatisée de la première édition a été terminée le 27 mai 1997.